"Agnès Prévost" - Jean-François Danon. 2017, in "4+1", cat. exp., Montherlant, château.

"Agnès Prévost ne peint pas dans son atelier, ne dessine pas de mémoire mais travaille dans ou presqu’à-même la nature. L’artiste coupe une feuille de rhubarbe qu’elle va faire dialoguer avec une feuille de papier à travers la gouache, feuille contre feuille. C’est bien alors cette gestuelle attentive, délicate qui va créer une empreinte. Agencée et découpée en quatre quarts légèrement décalés, elle va créer un tableau. Il n’y a pas d’outils du peintre, juste la main. « L’art se fait avec les mains » écrivait Henri Focillon dans Éloge de la main. Ce dialogue, pour reprendre ce mot qui est lui est cher, donne naissance à ce que certains rangeront trop vite dans des catégories comme gravure, calligraphie, radiographie. Mieux vaut renoncer à cette typologie et se laisser embarquer dans les plis de ces vastes territoires qui, bien que couchés sur le papier, dessinent monts et vallées. (...)"
 

"Le dessin Empreinte VIII se présente comme la trace d’un contact, comme si le peintre, sans aucun des gestes qu’impose usuellement l’art de peindre, avait laissé une feuille de rhubarbe s’imprimer délicatement sur le papier. (...)
Faire une empreinte, c’est accepter d’emprunter. Or, il peut être parfois très difficile d’accepter d’emprunter : c’est se reconnaître en dette, redevable, débiteur. C’est consentir au fait que nous sommes pauvres, que nous ne sommes pas à nous-mêmes suffisants et qu’une réalité, plus large, plus ample, est ce par quoi nous pouvons être ce que nous sommes. Mais emprunter quoi, et à qui ? À un donné premier, qui précède tout ce qui est et le rend possible et effectif ; à un donné commun, qui est antérieur aux êtres et qui ne saurait être seulement de l’ordre d’une construction purement ou exclusivement humaine. Nous pourrions appeler ce donné l’être ou bien la nature ou bien le réel ou bien le préalable ou bien encore l’ordre des choses en soi. Avec plus de précision et moins d’emphase, Agnès Prévost propose de l’appeler l’espace (...)"
 
Versants - Alain Madeleine-Perdrillat. 2014, in com. presse exp., Paris, galerie Le Bruit du temps.

« (...) il faudra que chaque trait porte un sens général, soit utile à la construction et à l'harmonie générales, et au besoin s'efface si ce n'est pas le cas. Il faudra aussi recourir aux ressources qu'offre le support, par exemple en laissant blanches de grandes zones du papier, et faire que ce blanc ne soit ni un manque ni une réserve, mais un élément plastique « actif », au même titre qu'une partie foncée ou hachurée.
Le mot « versant » indiquerait alors, au figuré – et comme l'on parle de l'autre versant d'un projet ou d'une politique -, cette autre aspiration du dessin qui est de rendre compte intérieurement du motif, fortement saisi mais a minima si l'on peut dire, en faisant fond sur le sentiment qu'une grande forme naturelle recèle, aussi bien qu'un arbre, quelques lignes directrices qui la résument et, dégagées, la rendent mieux visible. »
 
Bleu possible, une couleur infinie - Alain Madeleine-Perdrillat. 2013, in com. presse exp., Frontenay, château.

« Qu'il s'agisse du ciel diurne, de la mer ou de reliefs à l'horizon, le bleu semble d'abord vécu comme espace, comme une couleur qui s'épand dans l'atmosphère sans être liée à aucune matière en particulier, à la différence du vert de la chlorophylle ou du brun de la terre.
En suscitant un espace sans plan, sans construction, sans "haut" ni "bas", pluridimensionnel, le bleu constitue la couleur-espace primordiale, celle de notre expérience la plus intérieure de la lumière, et occupe en ceci une position particulière dans le langage pictural. »